| La Restauration (1814-1830) |
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1. La première Restauration et les Cent-Jours 1.1. La chute de l’Empire L’Europe coalisée contre la France envahie En août 1813, l’Autriche se joint aux alliés. Le caractère général de la coalition se met en place et les conséquences ne se font pas attendre :
Le territoire national est directement menacé.
La campagne de France Les conditions sont difficiles. En effet, l’armée régulière est faible. Les Français (70 000) doivent faire face à 260 000 hommes. Elle est épuisée et les généraux sont lassés. Il faut à Napoléon «chausser les bottes du général de l’armée d’Italie». Le génie militaire de l’Empereur permet un sursaut héroïque : il se place entre Blücher et Schwarzenberg, bat ce dernier à Champaubert et Montmirail et défait le second à Mormont et Montereau (février 1814). Cependant, la victoire est impossible. Entre le 7 et le 10 mars, Napoléon échoue devant Laon. Il est battu à Arcy-sur-Aube par Schwarzenberg. Il essaie de couper les Allemands sur leur arrière mais en France, la bourgeoisie, lassée et inquiète, accepte la défaite : les alliés sont à Paris le 31 mars 1814 ; les Autrichiens occupent Lyon ; Wellington marche sur Toulouse et les royalistes se soulèvent dans l’Ouest tandis que Bordeaux est livrée aux Anglais où le député Laîné fait acclamer le duc d’Angoulême et remercie les troupes étrangères d’aider à «remplacer le fléau des nations par un monarque frère du peuple». La Restauration des Bourbons La soumission de l’Empereur facilite la victoire des Bourbons qui ont participé à la campagne de France contre lui. Le comte d’Artois, frère du roi, a rejoint les souverains européens en Champagne et son fils, le duc d’Angoulême, se bat aux côtés de Wellington, ce qui lui permet de faire acclamer le nom des Bourbons à Bordeaux. De son côté, la bourgeoisie française fait un coup d’État mené par Talleyrand. Celui-ci fait nommer un gouvernement provisoire par une soixantaine de sénateurs qui fait ensuite voter par le Sénat et le Corps législatif la déchéance de Napoléon et de sa famille le 3 avril 1814. Louis XVII n’a jamais eu d’existence légale et la nation avait déposé Louis XVI. Elle rappelle librement son frère en le proclamant «roi des Français». La Restauration est considérée comme un principe,« c’est le triomphe de la légitimité » (Talleyrand). Isolement de Napoléon Napoléon retourne à Fontainebleau (31 mars). Il dispose encore de 60 000 hommes mais ses maréchaux refusent de continuer le combat. Il abdique d’abord en faveur du roi de Rome le 4 avril, puis sans conditions le 6 avril. Les alliés lui conservent le titre d’Empereur et lui donnent en souveraineté l’île d’Elbe, entre la France et la Toscane ainsi qu’une pension de deux millions. L’Empereur s’en va. On ne peut pas dire que le pays, Paris en tout cas, semble regretter son départ. Le 30 mai 1814, le Premier traité de Paris est signé : la France est ramenée à ses limites du 1er janvier 1792. Elle garde une partie de la Savoie, Avignon, le Comtat venaissin, Montbéliard et Mulhouse. Elle conserve aussi ses forteresses au nord de Philippeville, Marienbourg, Sarrelouis, Landau. Elle recouvre ses colonies à l’exception de l’île de France dans l’océan Indien et des deux Antilles. Elle ne paie pas de contribution et les troupes étrangères évacuent le territoire. Au total, un traité relativement avantageux, mais les frontières naturelles acquises par la Révolution sont perdues. On en revient à une France dont la trajectoire se serait arrêtée en 1791. 1.2. La première Restauration Des déclarations apaisantes Louis XVIII ne peut débarquer à Calais que le 24 avril 1814. Entre-temps, «lieutenant général du royaume», le comte d’Artois a assuré la régence. C’est un homme d’Ancien Régime, convaincu du pouvoir divin des rois qui n’admet pas le principe de la souveraineté populaire. Il remplace le drapeau tricolore par le drapeau blanc et interdit La Marseillaise, mais la déclaration de Saint-Ouen (mai 1814) veut rassurer les Français et traduit le compromis nécessaire que doit faire la monarchie pour réoccuper le pouvoir :
Garantie des libertés politiques, de l’égalité devant la loi, de la liberté des cultes, de la possession des biens nationaux et promesse de donner à la France un régime constitutionnel qui doit aboutir à la Charte : la monarchie absolue est morte même si Louis XVIII ne se rallie pas pour autant à la légitimité révolutionnaire. Mais, voulant «remonter la chaîne du temps», il souhaite «lier tous les souvenirs et toutes les espérances». Les maladresses de la monarchie Elle consent une réaction nobiliaire maladroite. Le comte d’Artois («Monsieur»), a mené une ardente politique en faveur de l’Église et des émigrés. On fait une véritable chasse aux dignitaires de l’Empire en mettant à la retraite 22.000 officiers et fonctionnaires en demi-solde. Enfin, la monarchie a un caractère antinational : les émigrés sont rentrés en France «dans les fourgons de l’étranger», et elle a ouvert les frontières aux produits britanniques, ce qui a condamné à la faillite nombre de petits ateliers. Le souvenir de la gloire impériale es encore vif et Napoléon n’a pas totalement renoncé. 1.3. Les Cent-Jours Le vol de l’Aigle et l’Acte additionnel L’Empereur n’a en effet pas renoncé au pouvoir. Il est resté prudent pour éviter une déportation trop lointaine. L’évolution de l’opinion en France et l’impopularité croissante des Bourbons sont aussi des raisons de vouloir en finir avec un exil incertain (sa pension n’a pas été versée). Le 1er mars 1815, Napoléon débarque en Provence près de Cannes. 900 soldats l’accompagnent. Le « vol de l’Aigle » réussit à éviter, en passant par Gap et Grenoble, la vallée du Rhône et la Bourgogne. Après le ralliement de Lyon (9 mars), le maréchal Ney, pourtant envoyé pour arrêter l’empereur, change de camp. Le 20 mars, Napoléon est aux Tuileries d’où Louis XVIII est parti la veille et accorde l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire. Pour manifester l’orientation libérale qu’il compte donner désormais à l’Empire, Napoléon «un Napoléon soudain fait homme, presque dépouillé de son si profond mystère1» charge Benjamin Constant de rédiger une nouvelle Constitution. En grande partie inspirée de la Charte de Louis XVIII, l’Acte additionnel confie le pouvoir à deux Chambres : une Chambre des pairs dont les membres sont nommés par l’Empereur et une Chambre des représentants, élus à deux degrés par les contribuables les plus imposés. Approuvé par un plébiscite, mais un nombre d’abstentions suffisamment important pour traduire clairement l’attentisme et le scepticisme des Français, l’Acte additionnel est promulgué solennellement le 1er juin 1815. Waterloo Les Alliés refusent tout compromis et rejettent bien évidemment les projets du « perturbateur du repos du monde ». Il ne reste lui plus qu’à reprendre de l’offensive en essayant d’anéantir tour à tour les armées de Blücher et de Wellington. Le premier est refoulé à Ligny le 16 juin mais ses troupes ne sont pas anéanties. Quant à Wellington, il s’est bien retranché à Waterloo. Napoléon est obligé d’attendre avant d’engager le combat, ce qui laisse le temps aux Autrichiens d’arriver sur le champ de bataille où Wellington a remarquablement résisté aux attaques de Ney et de la Garde. Le 18 juin 1815 est resté une date noire et qui a quand même fait 30.000 morts sur 200.000 soldats engagés. Fouché avait raison : «L’Empereur gagnera une ou deux batailles, il perdra la troisième». Deuxième abdication, deuxième Restauration Qui va prendre le pouvoir ? Les bonapartistes, qui souhaitent l’avènement du roi de Rome ? Les libéraux, qui pensent déjà aux Orléans ? Louis XVIII ? Les députés de la Chambre des représentants, à l’instigation de Fouché « le féal régicide » (Chateaubriand) et sur proposition de La Fayette, somment l’Empereur d’abdiquer (22 juin). Le même Fouché constitue un gouvernement provisoire. Louis XVIII est rétabli et accepte les conditions de Fouché en le prenant comme ministre de la Police (6 juillet 1815). Napoléon veut s’embarquer pour les États-Unis mais doit demander asile aux Anglais. Ces derniers l’enferment à Sainte-Hélène. C’est le lieu du Mémorial destiné à grandir l’image du soldat de la Révolution. Le rêve ou le danger napoléoniens sont désormais écartés. Les Bourbons rentrent de nouveau en France, cette fois-ci décidés et convaincus que leur restauration ne risque plus d’être remise en question. La répression contre leurs adversaires est sévère, malgré les déclarations d’apaisement faites par Louis XVIII. Pourtant, en dépit de la forte pression des ultras, l’essentiel de la Révolution aura bien du mal à disparaître. |
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