La crise internationale de l'été 1914
le déclenchement de la Première Guerre mondiale
Le 28 juin 1914, alors qu'il visite, au cours de grandes manoeuvres, la ville de Sarajevo en Bosnie, l'archiduc héritier d'Autriche François-Ferdinand est assassiné par un étudiant bosniaque, Princip, membre d'une société secrète liée au mouvement nationaliste "yougoslave". La venue de François-Ferdinand dans la capitale de la Bosnie, annexée six ans plus tôt par l'empire des Habsbourg, faisait figure de provocation pour les activistes bosniaques soutenues par la Serbie avec laquelle les rapports s'étaient encore dégradés depuis 1913, car Vienne voyait dans l'extension de la Serbie un encouragement à la sécession des Slaves de Sud. Le gouvernement de Belgrade n'avait probablement aucune responsabilité dans l'affaire, mais certains officiers serbes ont participé à la préparation de l'attentat. Aussi, bien que l'empereur François-Joseph soit lui-même plutôt enclin à la prudence, le gouvernement et l'état-major de Vienne estimèrent-ils que le moment était venu de saisir ce prétexte pour régler définitivement son compte à la Serbie.
En effet, l'Autriche-Hongrie se voulant grande puissance ne pouvait laisser passer l'attentat de Sarajevo sans réagir et en guise de représailles, l'Autriche pouvait dominer les Serbes et se rapprocher ainsi des Dardanelles au détriment des russes. Berlin décide alors de soutenir inconditionnellement l'Autriche-Hongrie: l'état-major allemand, sous-estimant la préparation de l'armée russe, pense qu'il n'y a pas de risque de dérapage. Il prend en cela une très lourde responsabilité car la Russie est l'alliée inconditionnelle de la Serbie. Le président de la République française, Poincaré, aurait incliner à l'apaisement, mais il ne voulait pas prendre de risque de décevoir Saint-Pétersbourg; la logique des alliances était en train d'internationaliser le conflit: l'Autriche-Hongrie était l'alliée de l'Allemagne, la Serbie était la petite protégée de la Russie, laquelle était l'alliée de la France. Si l'Italie et la Roumanie étaient des alliés douteux des Empires centraux, de l'autre côté l'Angleterre avait conclu des ''ententes'' avec la Russie et la France. Le détonateur de la Grande Guerre était là et il suffira d'un ultimatum autrichien refusé - légitimement - par la Serbie pour le faire fonctionner...
Ayant obtenu le 5 juillet l'appui de Guillaume II, le gouvernement austro-hongrois prépare un ultimatum qui n'est remis à la Serbie que le 23, au moment où le président de la République française Poincaré et le président du Conseil Viviani, en visite officielle à Saint-Pétersbourg, prennent la mer pour rentrer en France ce qui rend très difficiles les communications entre les dirigeants des deux pays. Berlin et Vienne espéraient en effet, en agissant très vite, circonscrire le conflit dans les Balkans et avaient calculé les termes de l'ultimatum de façon que le gouvernement serbe ne pût l'accepter. Le 28 juillet 1914, malgré la bonne volonté de Belgrade, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie et bombarde aussitôt sa capitale.
La Russie ne peut, sous peine de perdre toute influence dans les Balkans, laisser écraser la Serbie. Ayant obtenu des assurances de Poincaré et consciente de la lenteur de ses préparatifs, elle commence dès le 29 à mobiliser partiellement son armée, avant de procéder le 30 à la mobilisation générale.
Le 30 juillet, l'Angleterre propose une paix de compromis dans les Balkans et prévient qu'elle ne pourra rester neutre en cas de guerre franco-allemande. Le chancelier allemand Bethmann-Hollweg, s'alarme et tente d'enrayer la machine infernale, mais les militaires refusent de compromettre la mobilisation, trop lourde à arrêter une fois lancée. Le 31 juillet, Berlin adresse un ultimatum à la Russie, puis lui déclare la guerre le 1er août. Le 2 août, la France mobilise. Le 3 l'Allemagne déclare la guerre à la France, qu'elle espère écraser en six semaines avant de se retourner contre les armées du Tsar. Le 6 août voit la déclaration de guerre austro-honfroise à la Russie. La violation de la neutralité belge par l'Allemagne achèvera de faire tomber les états d'âme de l'opinion anglaise...
Le carnage européen commence et durera 5 ans
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Gérard Fourestier
Professeur Académie de Nice (France)
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